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La vulnérabilité de l'Algérie face aux risques des inondations : Un "Modèle de politique de prévention-résilience" pour mieux se préparer et ...
 
 
Mise à jour : 23-09-2020
 

Entretien recueilli par : Med Wali   

Doctorant en sciences économiques de l'université Aix Marseille III en France, actuellement enseignant/ chercheur à l'université de Skikda, Rédha Younes Bouacida est revenu sur les dernières inondations ayant touché la capitale Alger et plusieurs régions dans le pays qui ont été submergées par des pluies torrentielles. Puisque chaque année, ce phénomène refait surface avec les premières gouttes de pluie, notre interlocuteur nous a expliqués un modèle de politique de prévention minutieusement étudié au Canada afin de s'adapter au danger naturel… Préconisant tout de même que le gouvernement devrait promouvoir des cadres législatifs complets en matière de prévention et de gestion des risques d'inondation et d'organisation des secours et mobiliser également les ressources et les moyens nécessaires pour les autorités locales en vue de l'application des mesures de prévention sur le terrain et pour entreprendre des actions efficaces dans la gestion des risques d'inondations. 

Les dernières inondations ayant touché le pays ont dévoilé plusieurs dysfonctionnements. Comment expliquer qu'une pluie diluvienne peut en quelques heures seulement engloutir Alger lorsque des quartiers entiers, des infrastructures se sont retrouvés sous les eaux très rapidement, causant d'importants dégâts ?
 
C'est presque devenu une habitude dès que des pluies diluviennes s'abattent sur des régions en Algérie, y compris la capitale. Il faut savoir que les inondations sont classées comme étant les catastrophes naturelles causant le plus de dégâts dans le monde. Contrairement aux pays développés, qui ont dans une large mesure développé les moyens pour faire face à de telles catastrophes (à des niveaux différents), les pays en développement, à l'instar de l'Algérie, tout autant exposés aux aléas de la nature, font face à une plus grande vulnérabilité face aux risques d'inondations. Ceci se traduit à chaque fois par des coûts humains, matériels et économiques très lourds. En Algérie, après les inondations dramatiques de Bab El-Oued en 2001, des mesures de prévention et de gestion des catastrophes naturelles ont été consolidées par de nouvelles règles. Celles-ci ont inclus, entre autres, l'instauration d'un système national de veille et d'un système d'alerte national et local permettant l'information des citoyens quant à la probabilité et/ou l'imminence de la survenance d'un risque d'aléa ainsi que la mise en place d'une carte nationale " d'inondabilité " précisant l'ensemble des zones inondables. Et, la formation en matière de prévention des risques et de gestion des catastrophes, notamment à travers des programmes d'enseignement sur les risques de catastrophes et les moyens de prévention pour l'ensemble des acteurs concernés. Aussi, le renforcement des moyens et des capacités des institutions scientifiques et techniques pour mieux se préparer et s'adapter aux inondations. Enfin, les pouvoirs publics ont fait appel à la coopération internationale, notamment les conventions auxquelles l'Algérie a adhéré avec le PNUD pour améliorer l'aspect méthodologique de la prévention. Toutefois, la résilience de l'Algérie face aux risques d'inondations ne s'est pas améliorée. Je pense que cela est du à deux choses : d'abord, parce que le pays n'est pas épargné des impacts des changements climatiques qui aggravent les phénomènes météorologiques mondiaux, c'est-à-dire des volumes plus élevés de pluie dans des écarts de temps plus courts, causant ainsi des dégâts inhabituels. Ensuite ,et surtout, à cause de (1) l'insuffisance, la difficulté d'application et/ou l'inefficacité  des lois et des textes visant à la prévention, (2) la faiblesse de la capacité d'intervention des différents acteurs, et/ou la présence de ménages pauvres qui vivent dans des logements précaires, (3) le manque de moyens techniques et financiers, (4) l'absence de maîtrise technologique pour l'adaptation des infrastructures, notamment les infrastructures hydrauliques afin de prendre en considération les nouveaux phénomènes météorologiques et leur imprévisibilité, (5) l'atténuation des effets, la résistance et la réduction de la vulnérabilité, c'est-à-dire les mesures ex ante (avant les faits) et ex post (après les faits) qui sont les moyens pour mieux se protéger et réduire les risques face à ce type d'aléa, et enfin, (6) le faible contexte socio-culturel préalable aux inondations. En somme, ces facteurs de vulnérabilité expliquent les difficultés à promouvoir une capacité de résistance et d'adaptation  face aux inondations en Algérie.
 
Qu'en est-il de la stratégie nationale pour la protection des villes contre les inondations demeurant en cours, selon le ministre des Ressources en eau ? 
Je ne pense pas qu'il existe une réelle stratégie pour faire face aux risques d'inondations en Algérie, ou du moins, la stratégie mise en place depuis 2001 n'a pas été consolidée concrètement sur le terrain. En effet, les villes algériennes, au Nord comme au Sud, demeurent vulnérables dès que des pluies torrentielles surviennent. Il faut savoir que depuis près de vingt ans, dans le cadre du premier Plan National d'Action pour l'Environnement et le Développement Durable (PNAE-DD, 2002-2012), il est prévu d'élaborer une carte nationale " d'inondabilité ". Si aujourd'hui près de 700 sites à risque ont été répertoriés sur tout le territoire national, il n'en reste pas moins qu'une cartographie des régions à risque d'inondabilité n'a toujours pas vu le jour. Aussi, il était question, par exemple, de lutter contre l'affectation inadaptée des sols, d'arrêter la réaffectation des terrains agricoles pour devenir urbanisables, de mettre en place une bonne gestion hydraulique à travers le territoire national, de contrôler les constructions illicites aux abords des oueds, de promouvoir la culture du risque au sein des populations face aux inondations, d'appliquer le plan d'organisation des secours " plan ORSEC " élaboré en 1985 à la survenue d'un danger naturel, etc. Cependant, face à la répétition des drames d'inondations qui provoquent à chaque fois des préjudices humains et matériels considérables, il est temps pour l'Algérie de promouvoir définitivement une approche stratégique réelle de la réduction de la vulnérabilité face aux dangers liés aux inondations.
 
Les opérations de curage et le traitement des avaloirs et des regards d'assainissement suffissent-ils pour éviter le drame, même durant une pluie torrentielle ?
On sait que ces opérations entrent dans le cadre de la bonne gestion des eaux pluviales, qui est un facteur de maîtrise du risque d'inondation en évacuant directement les eaux vers l'aval (même si les choses ont beaucoup évolué dans le cadre de la gérance de l'eau et sa valorisation). Malheureusement, en Algérie, ces opérations arrivent toujours trop tard, c'est-à-dire après les faits et la constatation des dégâts. En plus de cela, je pense bien que l'entretien courant de l'assainissement n'est pas suffisant à lui seul pour limiter les dégâts liés aux inondations. En effet, comme je j'ai évoqué avant, il est de plus en plus manifeste que les changements climatiques au niveau mondial exercent une influence perceptible sur la pluie qui contribue aux inondations. Dès lors, à défaut de l'existence d'une véritable stratégie pour construire une résilience face aux risques d'inondations, les territoires deviennent vulnérables, ce qui se traduit par la fragilité d'un système dans son ensemble (urbain, économique, social, environnemental, etc.) et son incapacité de résister, d'absorber, d'accueillir et de corriger les effets de ce danger, en temps opportun et de manière efficace, notamment par la préservation et la restauration de ses structures essentielles et de ses fonctions de base (UNISDR, 2009) . Cela illustre, à juste titre, le cas de l'Algérie.
 
Y a-t-il un plan adéquat pour lutter contre les inondations qui refont face à chaque année, alors qu'on est à quelques encablures seulement de la saison hivernale ? 
Chez les experts en la matière, je pense que des plans et des stratégies adéquats existent afin de  construire un système technique et social hautement résilient face aux inondations en Algérie. Dans un travail de recherche empirique qui a été publié dans une revue au Canada en 2018, et qui a été effectué avec un professeur en économie de l'université de Lille en France, Abdelkader Djeflat, portant sur la vulnérabilité et la résilience face aux risques liés aux catastrophes naturelles et industrielles, nous avons proposé un " Modèle de politique de prévention-résilience " pour lutter contre les inondations en Algérie. Ce modèle est constitué de quatre entrées : Entrée 1 : la mise en place de politiques de prévention efficaces et appliquées. Ces dernières constituent une capacité d'adaptation anticipative ou planifiée aux risques d'inondations et la capacité de réponse d'un système pour édifier une société résiliente. Par exemple, la planification intégrée des activités de la reconstruction ou une préparation fondée sur des systèmes d'alerte précoce permet de sauver des vies humaines et de se prémunir du fardeau économique, social et écologique occasionné par une catastrophe naturelle. Aussi, le développement d'une culture du risque est une cible de la politique publique de prévention. Cette dernière doit jouer son rôle pour mieux informer et sensibiliser les populations. Au final, la culture du risque sera favorisée si, au préalable, les pouvoirs publics, les collectivités, les citoyens et les différents acteurs de la société civile peuvent jouer un rôle en terme d'information préventive ou d'éducation face aux risques de catastrophe. Entrée 2 : Promouvoir un apprentissage de la prévention. Cela contribue à la promotion d'un système résilient. Les programmes de simulation par exemple sont un excellent moyen d'amélioration des dispositifs de prévention de risques majeurs qui permettent de s'assurer de l'efficacité des mesures de prévention. Faciliter l'apprentissage permet de rendre plus efficace les mesures réactionnelles et de mieux se préparer face aux risques des inondations. 
Dans l'intervalle, cela va contribuer à l'identification des moyens existants et les moyens à pourvoir pour une gestion efficace en cas de danger naturel. Entrée 3 : Une maîtrise suffisante des connaissances et des technologies. En effet, les activités dans le domaine de la prévention nécessitent de promouvoir des connaissances et des technologies à différents niveaux de la société. Il s'agit d'une préoccupation générale des décideurs politiques, des entreprises, des organisations de la société civile et des citoyens qui participent au processus de prise de décision, la maîtrise des connaissances et des technologies de l'impact des catastrophes. Entrée 4 : Un appui des organisations internationales. Cet appui peut être fondamental quand il s'agit de pays et de territoires en développement. Pour l'Algérie, un appui méthodologique et technologique de la part des organisations internationales est nécessaire compte tenu de ses faibles capacités de résilience. Au total, les politiques publiques que nous avons proposées à travers ce modèle permettront de juguler les effets dévastateurs des inondations sur les populations en Algérie.
 
Des solutions à proposer ?
D'une manière générale, les pays en voie de développement à l'instar de l'Algérie sont beaucoup plus fragiles aux risques des inondations que les pays développés et paient un plus lourd tribut. Les systèmes techniques et sociaux peuvent se répartir en systèmes hautement et faiblement résilients. 
Dans les systèmes hautement résilients, l'application de la gestion stratégique, l'adaptabilité et la flexibilité sont des éléments clés face aux risques de catastrophes liées aux inondations. 
Les systèmes faiblement résilients, comme c'est le cas aujourd'hui en Algérie, se caractérisent souvent par de faibles politiques de prévention, des difficultés d'application de la gestion stratégique, une insuffisance des moyens et des capacités, une maîtrise insuffisante des connaissances et des technologies et une faible capacité à réagir et à s'organiser. 
Par conséquent,  une approche intégrée telle que proposée plus haut se présente comme la solution au problème et s'avère nécessaire. 
Comme nous l'avons bien souligné dans notre travail de recherche cité auparavant, l'Algérie devrait promouvoir des cadres législatifs complets en matière de prévention et de gestion des risques d'inondation et d'organisation des secours. 
Elle devrait également mobiliser les ressources et les moyens nécessaires, notamment pour les autorités locales en vue de l'application des mesures de prévention sur le terrain et pour entreprendre des actions efficaces dans la gestion des risques. Ce soutien est nécessaire à travers l'appui au développement de compétences locales et de savoir-faire technique et l'octroi de budgets et de moyens adéquats. 
En définitive, les pouvoirs publics algériens, les citoyens pris individuellement et l'ensemble de la société civile doivent être bien préparés et capables d'assurer leur rôle. Ce rôle consiste à la mise en œuvre des mesures à tous les niveaux pour faire face aux risques d'inondations, tout en disposant des moyens nécessaires pour gérer une catastrophe quand elle se produit. 
M. W.
 
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